Centre culturel scientifique emblématique du Québec, le Cœur des sciences de l’UQAM a pour objectif de contribuer au développement de la culture scientifique. Plus de 850 événements ont eu lieu depuis 2006, notamment sous forme de conférences, de balades scientifiques et d’excursions. Nous avons rencontré Stéphan Chaix, devenue récemment directrice, pour en apprendre plus sur l’envers du décor.

Stéphan Chaix, nouvelle directrice du Coeur des sciences

Le Coeur des sciences c’est quoi exactement?

Le Coeur des sciences de l’UQAM est un centre culturel scientifique. Notre mission est de contribuer au développement de la culture scientifique. Concrètement, nous organisons de nombreuses activités où le grand public rencontre les scientifiques, pour qu’il connaisse mieux le travail qui se cache derrière les découvertes. On l’a vu pendant la pandémie, bien comprendre comment la science se fait est un enjeu majeur! Cette rencontre se fait via des conférences, des débats, mais aussi parfois par des événements plus ludiques comme des balades scientifiques, des excursions ou des conférences-spectacles.

Quel est ton rôle ?

J’étais jusqu’à tout récemment  chargée de projet et je m’occupais tout particulièrement de la programmation scolaire. Là encore, nous mettons l’accent sur la démarche scientifique et la rencontre. Nous avons par exemple un programme de conférences participatives, les Sprints de sciences où les élèves du secondaire répondent à une question scientifique en suivant toutes les étapes d’une recherche…mais en 75 minutes top chrono ! Ces conférences sont animées par des doctorant.es qui font d’une pierre….3 coups ! Ils parlent de leur travail de scientifique, inspirent les jeunes et 3e coup :  pratiquent leurs habiletés en vulgarisation ! Je suis depuis une petite semaine la nouvelle directrice du Coeur des sciences. 

Les sujets sont choisis en fonction de l’intérêt du public. Comment ça se passe concrètement?

Comme dit Sophie Malavoy, la fondatrice et ancienne directrice du Coeur des sciences,  si on veut construire des ponts entre science et société, il faut qu’il y ait quelqu’un à l’autre bout du pont ! Il est donc important pour nous de choisir des thèmes ou des approches qui intéresseront le plus grand nombre. Une fois l’intérêt suscité, on peut aborder des sujets plus pointus, tant qu’on continue à répondre à la question de départ. Au quotidien, nous lisons donc beaucoup l’actualité scientifique, nous écoutons des podcasts (de plus en plus nombreux et intéressant !), nous restons constamment à l’affût. Nous avons aussi plusieurs partenaires dans des milieux scientifiques ou non qui nourrissent nos idées à longueur d’année. 

Il y a 853 événements recensés sur votre site depuis 2006, c’est un chiffre colossal ! Comment faites-vous avec une si petite équipe ?

C’est vertigineux, n’est-ce pas ? C’est une cinquantaine d’activités par an, environ une par semaine. Certaines activités comme les conférences sont données une seule fois, d’autres   comme les balades peuvent l’être 5 fois dans l’année. Ceci dit, notre programmation reste quand même dynamique. Nous sommes une petite équipe de cinq,  expérimentée et terriblement motivée. Et surtout, les scientifiques que nous sollicitons le sont tout autant ; c’est là le secret !

Vous offrez un accompagnement personnalisé aux intervenants, notamment aux étudiants, ce qui constitue un véritable atout pour leur formation. En quoi cela consiste-t-il?

C’est un des aspects que je préfère dans mon métier. Pour les Sprints de sciences, par exemple, nous choisissons un sujet qui nous semble avoir du potentiel pour des élèves du secondaire (Écouter de la musique pour avoir de bonnes notes ? Faire des bioplastiques avec des crevettes ?) et partons débusquer la perle rare : le doctorant ou la doctorante spécialisé.e dans le domaine et qui présente un goût pour la communication. Nous co-développons la conférence ensemble. Les chercheurs maîtrisent le contenu scientifique, nous connaissons notre public. Ce sont donc de longues et passionnantes discussions où nous affinons ensemble les thèmes à traiter et la façon de les aborder. Mais au-delà des conseils techniques que nous pouvons leur donner, nous essayons de cultiver chez eux le plaisir de la vulgarisation. Car une chose est sûre, pour que celle-ci soit réussie, le scientifique doit y prendre du plaisir !

Vous accordez beaucoup d’importance aux rencontres directes entre les scientifiques et le public. Pourquoi?

Rencontrer un scientifique, c’est avoir un accès direct à ses connaissances, à son univers. Nous sommes des animaux sociaux. Jamais nous ne nous en sommes autant rendu compte, n’est-ce pas ? Avec la rencontre, vient le plaisir de la discussion. Il y a toujours une période de questions à la fin de nos activités. C’est une occasion en or pour le public d’obtenir des réponses à leurs propres interrogations, d’approfondir leur réflexion. Et enfin, la rencontre permet de partager plus que des connaissances. Récemment, nous avions une conférence avec Andrés Finzi. Nous parlions de serrures moléculaires. Sujet complexe, difficile à vulgariser. Mais Andrès l’a fait de main de maître et surtout, il nous transmettait tout le plaisir qu’il a à mener ses recherches et à nous les partager. C’est cette étincelle dans les yeux des chercheurs, que nous traquons sans relâche ! 

En préparant cette entrevue, tu me disais que la COVID avait malgré tout eu des impacts positifs sur vos activités. Lesquels ?

Il y a un an, en mars 2020, nous avons comme beaucoup, suspendu toutes nos activités du jour au lendemain. Mais très rapidement, nous avons proposé notre programmation en ligne avec nos Apéro Sciences ou nos Sprints de sciences pour les élèves confinés chez eux ! Et le public a été au rendez-vous de manière spectaculaire. Pour les Apéro Sciences, plusieurs centaines se branchaient en fin d’après-midi pour en savoir plus sur les recherches contre la COVID, sur les microplastiques, sur le périple de la baleine perdue à Montréal. Du jour au lendemain, nous n’étions plus cantonnés au grand Montréal, mais nous rejoignions des gens dans tout le Québec, à travers le Canada et même en Europe ! Après un an, le public  est toujours au rendez-vous et friand de ces rencontres scientifiques. Quel encouragement pour nous !

Comment expliques-tu le succès toujours croissant de vos activités?

Je pense que les gens apprécient la diversité de notre programmation. Nous nous efforçons de varier le plus possible nos sujets, mais aussi nos formats d’activité. Si tu as l’esprit curieux, tu peux assister à une conférence pour aller en profondeur sur un sujet. Mais tu peux aussi participer à une balade en ville et découvrir les mathématiques de manière plus ludique. Et si la science à priori, t’intéresse moins que l’art, une soirée sciences et contes te rejoindra fort probablement. Encore là, notre souci est d’aller à la rencontre des gens. Nous jetons des ponts entre la science et la société, en nous assurant toujours qu’il y a quelqu’un sur l’autre rive !

Tu viens d’être nommée directrice du Coeur des sciences, félicitations! Comment souhaites-tu faire évoluer le centre dans les prochaines années?

Comme je le disais plus haut, le Coeur des sciences s’est démarqué par l’importance que nous donnons à la rencontre directe avec les scientifiques, à une meilleure connaissance de leur travail en amont des découvertes. C’est une façon de partager la science qui me touche beaucoup et c’est dans cette direction que nous allons poursuivre, avec toute l’équipe du Coeur des sciences. Aussi, donner les conférences en ligne a été pour nous une réelle opportunité et nous allons continuer à travailler pour faire rayonner toujours plus notre programmation tant au niveau géographique que vers des publics qui sont peut-être moins sensibles à la démarche scientifique. Cela veut dire entre autres, être toujours plus créatif dans nos activités. À suivre, donc : nous avons des ponts à construire!

Vous avez un emploi ou un passe-temps en lien avec la communication scientifique? Vous souhaitez le faire découvrir? Contactez-nous pour une entrevue!