ComSciCon est un programme unique qui a pour but d’aider les étudiants aux cycles supérieurs et chercheurs en début de carrière en Science, Technologie, Ingénierie et Mathématiques à développer leurs capacités à communiquer leur recherche et idées à leurs pairs, aux experts d’autres domaines, aux responsables politiques ainsi qu’au public. ComSciConQC est la première franchise provinciale de la série d’ateliers de communication scientifique et sa première édition a eu lieu en ligne (pandémie oblige) les 12 et 13 juin 2020. Rencontre avec l’une des organisatrices: Alexia Ostrolenk.

Est-ce que vous pourriez vous présenter en quelques phrases?

Avec plaisir. Je m’appelle Alexia Ostrolenk. J’ai grandi en France et atterri à Montréal en 2015 après un passage par Londres. Je fais de la recherche sur le développement des enfants autistes dans le cadre de mon doctorat en Sciences Psychiatriques à l’Université de Montréal. Je suis aussi très impliquée dans plusieurs projets de communication scientifique : des conférences variées devant tous les publics, le programme Mission Cerveau, et l’organisation de ComSciCon-QC. Je crois fermement que le grand public doit avoir accès à des informations scientifiques de qualité et que les chercheurs sont les mieux placés pour les diffuser.

Alexia Ostrolenk

Comment est née l’idée d’organiser un ComSciCon au Québec?

Le programme ComSciCon a commencé aux États-Unis en 2013 et c’est un succès grandissant qui fait des bébés à travers le monde. J’ai eu la chance d’être sélectionnée parmi les 50 participants de ComSciCon 2019 qui a eu lieu à San Diego. J’ai adoré mon expérience, et eu envie de partager avec ma communauté. Ce genre de formation est bien trop rare et peu accessible aux étudiants, surtout en français. D’autres participants Québécois de ComSciCon ou ComSciCon-CAN 2019 se sont dit la même chose. Nous avons donc décidé d’unir nos forces pour amener l’événement chez nous!

Vous étiez 10 membres dans le comité organisateur, qu’est-ce qui vous a donné envie de vous impliquer?

Comme les dix membres du comité organisateur avaient pu bénéficier du programme ComSciCon en 2019, il y avait une vraie volonté de rendre au prochain et de participer au mouvement qui s’opère actuellement pour une science plus accessible et plus ouverte. Nous sommes tous et toutes très occupés, donc nous avions besoin d’une équipe solide et compétente pour accomplir cette tâche. Les membres de l’équipe proviennent de différentes universités du Québec et de différentes disciplines. Nous avions donc des aptitudes et des listes de contacts complémentaires qui ont assuré le succès de l’organisation.

Comment s’est déroulée la planification de l’événement d’abord en mode présentiel puis en mode virtuel? A-t-il été facile de rebondir?

C’était une longue route semée d’embûches, mais avec une belle récompense à la fin! Nous avons constitué l’équipe à l’automne l’an dernier et commencé à communiquer sur Slack et par des réunions virtuelles régulières. La première épreuve a été de prouver notre crédibilité pour cet événement d’un genre nouveau afin d’obtenir du soutien financier et logistique. Nous avons ensuite réfléchi aux thèmes importants que nous voulions traiter et aux intervenants que nous voulions inviter. C’était surtout beaucoup beaucoup de courriels et de relances! Heureusement, nous avons pu bénéficier du partage d’expérience des organisateurs de ComSciCon-CAN l’an dernier pour nous orienter.

Alors que tout était en place, la pandémie est venue bouleverser nos plans. On a pensé à tout : annuler complètement, repousser à plus tard… Finalement, l’enthousiasme de nos participants nous a encouragés à travailler fort pour maintenir l’événement en ligne. Il a fallu très rapidement se faire à de nouveaux outils, contacter tous nos conférenciers, panélistes et sponsors (et en perdre quelques-uns au passage). C’était un vrai défi, mais nous sommes retombés sur nos pieds, et le soutien mutuel des membres de l’équipe était essentiel.

Vous aviez un panel d’invités de très haut calibre. Est-ce que cela a été difficile de les convaincre de participer? Pourquoi?

Étonnamment, c’était moins difficile qu’on le pensait! Quand on a contacté le Pharmachien, on tentait vraiment notre chance sans avoir vraiment d’attentes! Évidemment, nous avons eu quelques refus, mais c’était essentiellement lié à des conflits horaires et pas à un manque d’intérêt. Je crois que tous nos invités ont à cœur la démocratisation de la communication scientifique et qu’ils croyaient vraiment en notre projet. Nous sommes très chanceux qu’ils et elles aient accepté de participer alors que notre budget était restreint et notre organisation mouvementée.

Quels ont été les principaux enseignements de ces 2 jours?

Ma première découverte a été la diversité et la qualité du travail de communication scientifique que nos participants faisaient déjà. Dans le cadre de la conférence, ils ont tous soumis un « composi-thon », qui était un travail de vulgarisation qui pouvait prendre la forme d’un article, une bande dessinée, une infographie, une vidéo, ou un podcast. Ces travaux étaient ensuite retravaillés pendant la conférence en vue d’une éventuelle publication. Nous avons été extrêmement impressionnés par la qualité des travaux des participants! Plusieurs ont déjà été publiés, dont un dans Québec Science.

La deuxième découverte a été le fait qu’on puisse avoir une conférence avec de vraies interactions même en ligne. La plateforme Remo était vraiment idéale pour faciliter le réseautage, et nous étions agréablement surpris de l’engagement de tous les participants sur le chat et en vidéo.

Les participants semblent avoir été très satisfaits de leur expérience (à lire les partages sur les réseaux). Cela doit être gratifiant. Comment vous êtes-vous tous sentis une fois l’événement terminé?

Notre sondage post-conférence le confirme! Nous nous sommes sentis remotivés (et soulagés que tout ait bien été). Nous nous sommes rendu compte qu’il y avait une vraie communauté de scientifiques francophones au Québec qui a envie d’apprendre comment communiquer avec le public et de faire sortir la recherche des laboratoires. Ils avaient juste besoin d’un petit peu d’encouragement et d’un événement consacré pour développer leur talent et former une communauté! C’est extrêmement gratifiant de pouvoir prendre part à ce bel événement.

Quelques extraits du sondage post-conférence, en réponse à la question « Quelle fut votre découverte la plus mémorable à ComSciCon-QC? »:

« Sans aucun doute les gens passionnés par la vulgarisation scientifique, c’est-à-dire tous les participants et les organisateurs et ce, par-dessus les conférenciers.ères, bien que ces derniers.ères étaient fantastiques. »

« J’ai découvert une communauté extraordinaire d’étudiants passionnés et engagés dans la communication scientifique. »

« De découvrir autant de personnes qui font de l’excellente communication scientifique, autant parmi les panélistes que les participants. »

Commencez-vous à penser à la deuxième édition?

Oui! Certains des participants de cette année intègrent notre comité d’organisation, et nous sommes déjà en train de penser à la forme que prendra la deuxième édition. Nous pensons aussi que ce sera un peu plus facile d’obtenir du soutien maintenant que nous avons fait nos preuves et trouvé un système qui marche. Suivez-nous sur les réseaux sociaux pour être tenus au courant!

Une autre bonne nouvelle est que le premier ComSciCon en France aura lieu en septembre.

Que pensez-vous de la façon dont nous faisons de la communication scientifique au Québec? Est-ce que l’arrivée de jeunes chercheurs fait évoluer la façon dont on communique?

La formation des chercheurs en communication manque cruellement. Je suis à l’université depuis maintenant plus de dix ans dans trois pays différents, et il n’y a jamais eu de formation de communication scientifique intégrée à mes études. Toutes mes activités de communication scientifique venaient de ma propre initiative et demandent d’y consacrer beaucoup d’heures, généralement bénévoles. Tout le monde n’a pas le privilège de faire la même chose. Lorsque j’ai trouvé des opportunités de formation, elles étaient majoritairement en anglais. Je pense qu’il est grand temps que les universités francophones montent dans ce train et soutiennent la formation de communication scientifique des chercheurs de demain. Nous avons prouvé qu’ils sont nombreux à être intéressés et talentueux, il suffit de leur offrir les bonnes opportunités! C’est encore plus crucial à l’époque où de fausses informations peuvent circuler à toute vitesse dans les media, et je crois que c’est notre responsabilité en tant que scientifiques de porter ces messages haut et fort.

Un immense merci Alexia pour cette entrevue!