Passionnée depuis toujours par la communication scientifique, Marie-Paule Primeau relève avec brio de nombreux mandats, notamment mais pas exclusivement, à titre de rédactrice en chef de la revue Dire. Sa mission: faire connaître la science et la vulgariser. Elle a accepté de nous rencontrer pour nous parler de son parcours, de la revue Dire, de ses actions pour rapprocher science et société, et bien d’autres choses!

Marie-Paule Primeau

Bonjour Marie-Paule. Merci d’avoir accepté cette entrevue. Peux-tu commencer par nous décrire ce que tu fais dans la vie?

En plus de chapeauter la revue Dire, je remplis des mandats réguliers en tant qu’éditrice au pupitre pour les magazines BESIDE et Protégez-Vous, j’agis aussi à titre de conseillère en vulgarisation scientifique pour IVADO et de réviseure linguistique pour Télé-Québec en classe. Je réserve également du temps dans mon horaire chaque semaine pour des mandats de révision à la pige pour des clients fidèles. En 2013, j’ai fondé mon entreprise, Services linguistiques MPP. Je m’active donc depuis à assurer son succès. 

D’où viens-tu? Quel est ton parcours académique et professionnel? 

Née à Ormstown, je vis à Montréal depuis mon enfance. J’ai étudié en littérature au cégep, puis à l’Université de Montréal, où j’ai obtenu un baccalauréat ès arts. Après avoir considéré la maîtrise en bibliothéconomie (je travaillais alors dans le réseau des bibliothèques publiques de la Ville de Montréal), j’ai opté pour le certificat en rédaction professionnelle. J’ai obtenu mon diplôme en 2016. Depuis, je poursuis ma formation en suivant des ateliers donnés par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec ou l’Association des communicateurs scientifiques, par exemple, que ce soit en storytelling, en vulgarisation scientifique ou en rédaction. 

Puisque j’ai travaillé, la majorité du temps, à temps plein pendant mes études, j’avais déjà une bonne idée des conditions de travail que je souhaitais retrouver à la suite de mes études. Pour ce faire, je devais poser dès le départ les jalons de mon avenir professionnel. Alors, pendant mon parcours universitaire en rédaction, je me suis impliquée dans le magazine des départements de journalisme et de rédaction, Le Reporter. J’ai occupé le poste de corédactrice et réviseure en chef pendant deux ans. Une expérience qui m’a donné confiance en mes compétences et qui a été un tremplin extraordinaire.

Peux-tu nous raconter le moment où tu as eu une révélation?

Alors que je considérais sérieusement poursuivre mes études à la maîtrise, j’avais le sentiment que quelque chose clochait. Un jour, j’étais dans l’autobus en direction du Musée des beaux-arts de Montréal et je me suis posé cette question (certes clichée, mais qui a tout changé pour moi): Qu’aimerais-tu faire comme travail si tu étais millionnaire? Autrement dit, quel serait mon emploi de rêve. Quand je suis entrée au MBAM et que j’ai vu les panneaux explicatifs qui accompagnent les œuvres, j’avais ma réponse: je voulais écrire. Mon idéal était de rédiger des textes qui conjuguaient littérature, histoire et transfert de connaissances. Exactement comme ceux au Musée. Mais comme j’ai un esprit d’indépendance très fort, je devais aussi trouver comment combiner rédaction et travail autonome. Et en vivre. 

La revue Dire: de quoi s’agit-il?

La revue Dire est une publication écrite par et pour les étudiants aux cycles supérieurs de l’Université de Montréal. Le contenu est principalement constitué d’articles de vulgarisation scientifique. Sa devise est La recherche à votre portée. Elle offre donc un accès direct aux travaux récents des étudiants-chercheurs. 

Elle est composée d’une équipe de sept personnes, dont un comité de lecture de trois étudiants inscrits aux cycles supérieurs qui représentent une variété de domaines d’études. Jusqu’à ce jour, elle est la seule revue multidisciplinaire de vulgarisation scientifique au Canada écrite par des étudiants aux cycles supérieurs. 

Les auteurs dont les textes sont retenus sont conseillés et épaulés pendant environ deux mois, dans l’objectif de produire un texte de qualité professionnelle à la hauteur des grands magazines de référence québécois. Dès lors, les dernières avancées de la génétique côtoient les mouvements sociaux derrière la chute du mur de Berlin, et les enjeux éthiques de la dangerosité côtoient la vie des insectes pendant l’hiver. 

Tu as pris des initiatives pour rapprocher science et société à travers la revue. Peux-tu nous en parler?

Je trouve essentiel de faire rayonner la recherche à l’extérieur des murs de l’université, trop souvent considérée comme une tour d’ivoire. À mes débuts à titre de rédactrice en chef de la revue Dire, j’ai tout de suite eu l’objectif d’augmenter sa visibilité auprès du grand public. La recherche étant financée par des fonds publics, c’est la moindre des choses pour ses acteurs d’en démocratiser les connaissances et de partager le savoir. J’ai donc progressivement mis en œuvre une revue plus esthétique, avec une facture visuelle plus épurée qui permet de bien mettre en valeur les textes. Puisque je crois beaucoup aux exemplaires papier, j’avais envie de concevoir une revue accrocheuse avec un contenu de qualité accessible à tous. 

Puis, j’ai intégré de nouvelles sections aux articles réguliers qui comptent approximativement 2500 mots: notamment un article actualité, plus court, qui traite de sujets qui touchent directement monsieur madame Tout-le-Monde, des articles réguliers plus courts également pour qu’ils soient plus accessibles (1000 mots), une chronique rédigée par une personnalité publique et un article Questions/Réponses qui porte sur les travaux d’un chercheur ou une chercheuse de l’UdeM – qui n’aime pas lire les réponses données à une entrevue? Cette année, notre chroniqueur invité n’est nul autre que le maestro Kent Nagano!

Par un contenu plus dynamique et varié, je souhaite intéresser le grand public à la revue. Elle est une vraie mine d’or, ça serait dommage qu’elle ne soit pas connue davantage et qu’elle reste confinée à l’UdeM. 

Marie-Paule Primeau au sujet de la revue Dire

Combien d’exemplaires de la revue sont imprimés par numéro? Où est-elle distribuée? 

La revue est imprimée à 3600 exemplaires par numéro. À chaque publication, elle est distribuée dans une quinzaine de présentoirs sur le campus. Plusieurs abonnés souhaitent recevoir une copie papier à la maison – un peu plus de 150 personnes. De ceux-là, certains sont des abonnés payants, comme le Musée Pointe-à-Callière. En outre, une copie de chaque numéro est envoyée aux Archives nationales et nous avons une liste de VIP. Le lectorat est assez diversifié, quoiqu’il est principalement constitué d’un public jeune et éduqué. Nous pouvons certainement affirmer que la revue rejoint son lectorat cible, soit la communauté de l’Université de Montréal et les jeunes adultes curieux. Grâce à l’Agence Science-Presse, un de nos partenaires, les articles sont aussi diffusés sur leur site, qui dépasse le million de visiteurs par année. 

Qui peut soumettre des articles? Quand?

Toutes les personnes inscrites aux cycles supérieurs de l’UdeM peuvent soumettre un article à la revue Dire. Comme elle est publiée trois fois par année, nous avons six dates de tombée pour les soumissions, soit les 25 juin 2021, 15 octobre 2021 et 4 mars 2022 pour l’article «Regard sur l’actualité» et les 14 avril 2021, 19 août 2021 et le 4 janvier 2022 pour les articles réguliers. 

Joël Leblanc disait dans une entrevue que «les chercheurs se spécialisent et apprennent carrément une nouvelle langue et une nouvelle façon de penser et de percevoir la vie. Et lorsque vient le temps de s’adresser aux non-initiés, plusieurs ont oublié leur “langue maternelle”». Fais-tu le même constat avec les étudiants?

Oui et non. La majorité des jeunes chercheurs ne savent pas comment vulgariser un sujet complexe et scientifique. Leur formation ne les prépare pas, ou si peu, au partage de leurs connaissances auprès des divers publics. Mais une fois qu’ils ont en main les règles de base, ils excellent! 

Une des premières choses que je conseille aux auteurs de la revue se résume à une question toute simple: Comment expliquerais-tu ta recherche à ta grand-mère, ou à une personne non spécialiste de ton sujet? Il est vrai que certains étudiants restent très proches de leur «langue» de recherche, avec tout ce que ça comprend de référents propres à leur domaine — je suis moi-même coupable de faire la même chose avec les termes propres à la révision linguistique. D’autres comprennent mieux les concepts de la communication au grand public. 

En vulgarisation, il faut résumer, resserrer, créer des analogies, illustrer ses propos par des statistiques et s’en tenir grosso modo à l’essentiel. Par ailleurs, plusieurs étudiants-chercheurs craignent d’être jugés par leurs pairs s’ils s’adonnent à la vulgarisation, car plusieurs d’entre eux considèrent qu’elle «dénature» leurs travaux. Elle est donc jugée de façon péjorative. 

Marie-PAule Primeau au sujet de la vulgarisation scientifique

Tu offres aussi des services linguistiques. Pour quels types de mandats les chercheurs et centres de recherche font appel (ou pourraient faire appel) à tes services?

On fait appel à mes services pour réviser tous types de documents, tels que des textes vulgarisés ou des articles scientifiques. Je remplis également des mandats en vulgarisation: rédiger un article, préparer une présentation pour une conférence ou offrir une formation.  

Qu’as-tu envie de dire aux jeunes qui souhaiteraient faire carrière en communication scientifique?

Qu’il s’agit d’un métier formidable et passionnant! Être curieux est essentiel pour faire carrière en communication scientifique. Il faut aussi aimer raconter des histoires. Que ce soit par écrit ou à l’aide d’autres supports, l’important est de parler au grand public en attisant sa curiosité, en suscitant son intérêt (lui dire en quoi le sujet le concerne) et en lui faisant comprendre des concepts et des applications potentielles parfois complexes. 

Comment peut-on te rejoindre et se tenir au courant de ton actualité?

Les personnes qui souhaitent me joindre peuvent m’écrire à info@serviceslinguistiquesmpp.com. J’ai aussi une page Facebook professionnelle, mais j’avoue l’avoir un peu délaissée ces derniers temps. La revue Dire a également sa propre page Facebook et un compte Instagram. De plus, les articles sont publiés sur le site Web du FICSUM, l’éditeur de la revue. Les étudiantes et étudiants de l’UdeM, les chercheurs et chercheuses, les publicitaires et les personnes intéressées à établir un partenariat peuvent communiquer avec moi à redaction@ficsum.com

Vous avez un emploi ou un passe-temps en lien avec la communication scientifique? Vous souhaitez le faire découvrir? Contactez-nous pour une entrevue! 

3 commentaires

  1. Bonjour,

    Il semblerait y avoir eu un oubli. Vous dites « Jusqu’à ce jour, elle est la seule revue multidisciplinaire de vulgarisation scientifique au Canada écrite par des étudiants aux cycles supérieurs.  » Or, Sciences 101 publie la revue La Fibre depuis maintenant un an et demi. Marie-Paule elle-même était présente à l’événement en tant qu’invitée. La Fibre est une revue de vulgarisation scientifique multidisciplinaire écrite par des étudiant.e.s basée à l’UQAM. Bref, nous nous réjouissons de la couverture pour la vulgarisation scientifique étudiante, mais nous nous désolons de l’effacement des autres initiatives étudiantes du même domaine.

    Étienne Aumont, Président de Sciences 101

    1. Merci pour votre message. Il me semble que votre revue est ouverte aux étudiants au baccalauréat, ce qui n’est pas le cas de la revue Dire. Il nous ferait cependant plaisir de vous proposer un billet de blogue pour nous présenter la revue La Fibre!

      1. Cela pourrait être intéressant, oui! Merci pour la proposition!

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