Luc Dancause est associé-fondateur et conseiller chez Sapiens-Conseils. Véritable passionné par la transmission des connaissances, il accompagne notamment les centres et réseaux de recherche, les institutions universitaires et OBNL dans la gestion et la mobilisation des savoirs. Luc a accepté de nous parler, entre autres, de son parcours singulier, de son implication dans le Réseau québécois en innovation sociale (qui vient de recevoir une excellente nouvelle!) et du bilan sur la mobilisation des connaissances au Québec qu’il vient de réaliser.

Luc Dancause

Bonjour Luc. Merci d’avoir accepté notre invitation. Pourrais-tu commencer par te présenter?

Je travaille dans le secteur de la gestion, de la mobilisation et du partage des savoirs depuis un peu plus de 20 ans maintenant. Ce sont des études en sociologie (M.A. Université Mcgill) et en études urbaines (PH.D UQAM) ainsi que quelques expériences en coopération internationale (Amérique latine et Afrique du Nord) qui m’ont conduit dans ce champ de pratique.

J’ai toujours été passionné par la transmission des connaissances, mais je ne voulais pas pour autant devenir professeur. Lors de mes études, j’avais l’habitude de dire que mon métier n’existait pas encore lorsqu’on me demandait ce que je voulais faire plus tard. C’était un peu une boutade pour ne pas avoir à répondre, car je ne savais pas vraiment où ma grande curiosité (mon moteur de toujours) allait me conduire.

En fin de compte, j’avais un peu raison, car le métier que j’exerce aujourd’hui n’existait pas vraiment alors. Encore aujourd’hui, j’ai l’impression de l’inventer un peu au fil des mandats.

Luc dancause

Tu offres des services de gestion et mobilisation des savoirs pour différents publics par l’intermédiaire de Sapiens-Conseils. Peux-tu nous en dire plus?

Sapiens a été fondé en 2015 par Marie-Claude Bélanger et moi. Anciens collègues de classe au secondaire, nous nous sommes rendu compte après presque 20 ans que nos parcours respectifs très différents (elle via les arts et la technologie, moi via les sciences sociales) nous avaient conduits vers le même champ d’activité. Sapiens a cette particularité d’être une bannière sous laquelle se retrouvent trois associés qui conservent leur statut juridique autonome. Les associés offrent des services complémentaires et gardent une pleine autonomie quant au développement de leurs affaires. 

Mes interventions se font auprès de plusieurs types d’organisations : centres et réseaux de recherche, institutions universitaires, OBNL (œuvrant majoritairement dans le secteur de l’innovation sociale, mais pas exclusivement), municipalités… L’accompagnement est relatif à diverses dimensions : de la réflexion stratégique au développement d’outils et d’activités favorisant la collaboration et le partage de connaissances, en passant par le développement de processus. Mes interventions s’inscrivent dans une posture d’accompagnement plutôt que de consultant expert. Je vais donc “avec” mes clients plutôt qu’à leur place. De plus, mes mandats sont taillés sur mesure par opposition à une offre récurrente de 2-3 services vedettes.

As-tu un exemple de projet qui t’a particulièrement marqué? Pourquoi?

C’est très difficile pour moi d’en choisir un seul étant donné la diversité des types de mandats que je réalise. Plusieurs d’entre eux m’ont marqué profondément.

Mais si je devais en choisir un, ce serait celui réalisé auprès de la Fondation du Dr Julien. Ce fut un mandat spécial, car il réunissait plusieurs facettes de mon expertise dans une seule intervention et que celle-ci comportait de nombreux défis. En effet, il s’agissait d’accompagner une organisation dans le déploiement et le développement d’une innovation sociale remarquable à l’échelle de toute la province. Cela impliquait de mettre en place des processus de gestion des connaissances qui devaient servir à ce réseau constitué de cliniques de pédiatrie sociale en communauté (CPSC) qui voient le jour partout au Québec depuis 10-15 ans. Le statut indépendant des différentes cliniques et la présence de nombreux corps de métier (médecins, infirmières, travailleurs sociaux et avocats) rendait l’intervention très complexe. Il s’agissait aussi de réfléchir à la coordination du travail de la Fondation et des cliniques avec le milieu de la recherche pour le développement futur de la PSC. Il y avait donc une dimension mobilisation des connaissances.

Tu es aussi très impliqué dans le Réseau québécois en innovation sociale. En quoi consiste ton implication et depuis quand?

Mon engagement auprès du RQIS remonte à 2009. J’ai alors effectué mon premier mandat au sortir de mon doctorat. Il s’agissait de faire la recension des pratiques de pointe en mobilisation des connaissances chez les acteurs de l’innovation sociale. Je n’avais aucune idée à ce moment de l’importance de ce mandat. D’une part, il a vraiment orienté ma carrière de consultant puisque, encore aujourd’hui, la mobilisation des connaissances constitue l’axe central de ma pratique. D’autre part, il a marqué les premiers moments d’une longue association avec le réseau. En effet, celle-ci s’est poursuivie de façon continue jusqu’à aujourd’hui. Pendant cette période, j’ai aussi agi à titre de coordonnateur, de simple membre de la communauté, de conseiller spécial et de membre du conseil d’administration (depuis 2013).

Le Réseau a obtenu un financement important lui permettant de continuer ses activités. Quels sont les développements prévus?

En effet, le RQIS a obtenu une subvention de trois ans de la Fondation André et Lucie Chagnon, laquelle lui a permis de relancer ses activités après une période plutôt calme de trois ans. Le financement de réseaux tels que le RQIS n’est pas chose facile, mais le besoin est là comme le démontre la quantité de membres qui sont restés attachés, même si les activités se faisaient rares. 

Grâce aux fonds obtenus, le RQIS sera en mesure de remplir pleinement sa mission d’agir comme espace de partage et de mobilisation des savoirs et des expertises qui contribuent à faire de l’innovation sociale un levier indispensable au développement durable du Québec.

Luc Dancause

Pour bien accomplir cette mission, le RQIS souhaite établir des liens avec l’ensemble des régions du Québec et faciliter le maillage entre les acteurs de ce secteur. De plus, il se donne comme mandat de plaider pour qu’une place soit faite pour l’innovation sociale dans les politiques publiques développées par les gouvernements du Québec et du Canada.

Tu as récemment complété un mandat en lien avec l’état des lieux de mobilisation des connaissances au Québec. Peux-tu nous donner les principaux résultats? Et nous indiquer où l’on peut trouver davantage d’informations?

En effet, j’ai eu la chance de me voir confier la réalisation d’un diagnostic sur l’expertise en mobilisation des connaissances au Québec en 2020. Il s’agissait d’un projet financé par le Secrétariat Québécois aux Relations canadiennes, en partenariat avec l’Université de l’Ontario français, le TIESS et Humanovis. Comme j’avais déjà fait un exercice similaire pour le RQIS en 2009-2010, c’était particulièrement intéressant, car j’ai pu établir une comparaison entre la situation observée à dix ans d’écart. En ayant un tel point de référence, il est plus facile de constater quels sont les éléments qui ont évolué ou non, quelles sont les nouveautés. Par exemple, sur le plan des modèles conceptuels, il y a eu très peu d’évolution au cours des 10 dernières années. Cependant, le nombre de projets, lui, s’est multiplié, tout comme le nombre d’organisations menant aujourd’hui des activités de mobilisation des connaissances et les champs d’où émergent des projets.

La diffusion des résultats de ce travail de diagnostic a déjà commencé par le biais de webinaires. Nous prévoyons rendre le document public dans les semaines à venir. Des fiches synthèse reprenant les éléments essentiels du document seront également publiées. Jusqu’ici, les échos reçus sont très positifs, ce qui nous a mené à prévoir une suite au projet, soit l’élaboration d’un guide pédagogique sur la mobilisation des connaissances. À suivre…

Que penses-tu de nos façons de faire de l’innovation sociale au Québec? Vois-tu une évolution positive?

Je suis heureux de constater que nombreux sont ceux et celles qui ont embrassé le champ de l’innovation sociale. Les projets se multiplient de même que l’infrastructure permettant leur développement (programmes de formation, incubateurs, etc.). Certaines initiatives commencent à accumuler un bon nombre d’années d’expérience et c’est plaisant de voir qu’elles n’hésitent pas à partager avec d’autres partenaires du réseau. Le soutien gouvernemental manque encore de structure et d’envergure, mais on voit que des efforts sont faits pour mieux comprendre ce champ.

Le succès du Québec n’est pas qu’une vue de l’esprit. L’attention que la province suscite à l’étranger (notamment en France et en Amérique latine) en est une belle preuve.

Luc dancause

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