Auteur de plus de 300 nouvelles au cours des cinq dernières années, Martin LaSalle est rédacteur et vulgarisateur scientifique au Bureau des communications et des relations publiques de l’Université de Montréal. Martin occupe un métier peu connu mais indispensable à un meilleur transfert des connaissances scientifiques vers la société. Il a accepté de nous parler de son parcours, son travail, ses interactions avec les chercheurs et plus encore!

Martin LaSalle

Bonjour Martin. Merci d’avoir accepté cette entrevue. Pourrais-tu te présenter en quelques mots? D’où viens-tu? Quel est ton parcours?

Natif de Joliette, j’ai étudié le journalisme au Département de communication et relations publiques à l’Université Laval, où j’ai obtenu un baccalauréat ès arts en 1990. À l’époque, il n’y avait pas de bac en communication à cette université. Mon bac est donc constitué d’une majeure en communication – avec spécialisation en journalisme – et d’un bloc complémentaire en science politique et en géographie.

Les emplois en journalisme étant rares à l’époque, j’ai déniché mon premier boulot à la station de radio CHLC, à Baie-Comeau, à l’été 1990… où j’ai pu faire mes premières gaffes sans trop de conséquences! J’ai ensuite oeuvré dans deux hebdomadaires avant d’obtenir un poste de surnuméraire au Journal de Montréal, où j’étais journaliste de fin de semaine de 1992 à 1994.

À la naissance de ma première fille, j’ai cherché un emploi plus stable et je me suis tourné vers les relations publiques. J’ai servi diverses organismes, dont l’Union des municipalités, le Bureau d’assurance du Canada et la Centrale des syndicats démocratiques, pour revenir finalement au journalisme, cette fois pour PasseportSanté où, pendant sept ans, j’ai affiné mes connaissances scientifiques. Celles-ci m’ont permis d’obtenir un poste de rêve, soit celui de rédacteur et de vulgarisateur scientifique à l’Université de Montréal (UdeM).

En quoi consiste ta mission? 

Essentiellement à faire rayonner les travaux qui émanent des chercheurs de nos différentes unités d’enseignement. Pour ce faire, j’ai accès à une base de données qui m’informe de la publication, dans les revues scientifiques, de toutes les études émanant de l’UdeM, soit une centaine par semaine en moyenne dans tous les domaines.

Je rédige aussi des articles institutionnels, tels des portraits de professeurs et la couverture d’événements et de conférences qui se déroulent à l’Université. Globalement, je rédige de 12 à 15 articles par mois.

Concrètement, comment fais-tu pour écrire une nouvelle? 

J’essaie d’abord et avant tout à donner un vitrine à une diversité de chercheuses et chercheurs issus des différentes disciplines enseignées à l’UdeM. Lorsqu’une étude m’interpelle, j’évalue aussi – mais pas exclusivement – le potentiel médiatique du sujet, après quoi je prends connaissance de l’étude complète avant d’effectuer une entrevue avec la personne qui l’a menée, afin d’éclaircir différents aspects. 

Puis je rédige la nouvelle qui est diffusée sur UdeMNouvelles et relayée sur les différents médias sociaux de l’Université.

Quand tu rédiges la nouvelle, comment fais-tu pour trouver les mots justes qui vont parler au plus grand nombre? Cela doit être tout un défi!

Mon travail consiste à vulgariser les études scientifiques, à rendre le contenu des études accessible à un large public pour les intéresser à la recherche menée à l’UdeM. Étant moi-même un généraliste et non un spécialiste, je me mets dans la peau de monsieur et madame tout-le-monde afin de trouver un angle ou une amorce susceptible de les inciter à lire et à en savoir plus. 

Le défi auquel je suis parfois confronté est celui de chercher à simplifier des sujets qui le sont difficilement. Ce qui implique qu’avant d’arriver dans le vif du sujet, je dois expliquer certains concepts à défaut de quoi le lecteur décrochera rapidement. Un exemple parmi tant d’autres est la découverte de deux états quantiques d’un matériau supraconducteur, dont j’ai traité en janvier dernier. Les chercheurs ont su trouver des images qui illustraient le propos de façon lumineuse!

Ce qui me rassure quand à l’accessibilité des textes que j’écris, c’est de constater que semaine après semaine, les statistiques indiquent que les lecteurs passent en moyenne plus de trois minutes sur la page de chaque article. Rien ne garantit toutefois qu’ils les ont réellement lus! 

Je suppose que les chercheurs que tu contactes pour l’entrevue doivent être très contents que l’on s’intéresse à leur projet? Est-ce facile pour eux de parler de leur projet dans un langage vulgarisé?

Il faut distinguer les chercheurs réputés et médiatiquement actifs, qui savent comment faire parler de leurs travaux, de ceux qui en sont à leurs premières expériences. Dans ce dernier cas, ils sont agréablement surpris qu’on s’intéresse à leurs travaux de recherche!

Il arrive que certains chercheurs et chercheuses aient de la difficulté à sortir du langage hermétique de leur discipline, et c’est compréhensible: une personne qui a fait des études doctorales est spécialisée dans son domaine. C’est mon boulot de les mener à expliciter davantage, à donner des exemples concrets des retombées de leurs recherches pour le grand public, lorsque faire se peut.

Mais en général, les chercheuses et chercheurs sont très heureux de parler de leurs travaux et parviennent plutôt bien à en vulgariser les tenants et aboutissants.  

Quelles sont les nouvelles de l’année que tu as publiées qui t’ont le plus marqué? (par leurs retombées potentielles, l’originalité de leurs résultats ou méthode par exemple)

J’ai eu l’honneur de remporter ce printemps l’un des Prix d’excellence 2020 du Conseil canadien pour l’avancement de l’éducation (CCAE), soit la médaille d’or pour le meilleur article de fond en français. En fait, ce prix a été accordé à la série d’articles «Pas de vacances pour la recherche!», que j’ai rédigés à l’été 2019. Elle était constituée de 12 textes traitant de projets de recherche estivaux menés par des chercheuses et chercheurs de l’Université dans différentes disciplines.

La série ayant attiré de nombreux lecteurs et intéressé les médias, nous avons réitéré l’expérience l’été dernier

Pour finir, penses-tu que l’on fait assez de vulgarisation scientifique au Québec? Penses-tu que les rédacteurs sont assez nombreux?

Je ne saurais dire si nous sommes suffisamment nombreux, mais il m’apparaît clair que la vulgarisation scientifique devrait occuper encore plus de place dans l’espace public. Et pas tant en terme de quantité de sujets, mais de leur approfondissement.

Il est fréquent des études contredisent les résultats d’autres recherches menées auparavant. Ça fait partie de l’avancement des connaissances, mais il en résulte une certaine confusion – voire un scepticisme – au sein de la population. Selon moi, on manque surtout d’analyses vulgarisées.

Martin, nous te remercions infiniment d’avoir pris le temps de répondre à nos questions, malgré ton horaire très chargé. Ta contribution est précieuse et permet de mieux comprendre ton métier, essentiel à la communauté scientifique. Et peut-être que cela suscitera des vocations! Toutes les nouvelles écrites par Martin sont disponibles sur UdeMNouvelles : à consulter sans modération.

Votre métier ou celui de collègues est en lien avec la communication scientifique? Vous souhaitez le faire découvrir au grand public et à la communauté de recherche? Contactez-nous et il nous fera plaisir de faire une entrevue!

1 Comment

  1. Intéressant, j’apprécie votre travail et ceux qui le font. C’est nécessaire!

Comments are closed.