Thomas est étudiant au doctorat en biologie moléculaire à l’université de Montréal. Passionné par la vulgarisation scientifique, il a récemment créé sa chaîne Sciences À La Carte sur la plateforme de streaming Twitch. Il y donne la parole aux étudiants aux cycles supérieurs pour connaître leur histoire, leur cheminement scientifique et leurs motivations. Il a accepté de nous rencontrer pour nous parler de son parcours, de son goût prononcé pour la communication scientifique, de ses aspirations et bien d’autres choses!

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Thomas Milan – Soirée Dans les coulisses (2020)

Bonjour Thomas, merci d’avoir accepté cette entrevue. Peux-tu nous parler de ton parcours?

Avec grand plaisir ! Originaire de France, j’ai déménagé à Montréal en janvier 2016. Je venais à l’époque compléter un stage de recherche de 6 mois dans le cadre de ma maîtrise faite en France. J’ai particulièrement aimé l’ambiance du laboratoire et le projet de recherche sur lequel je travaillais. J’ai donc décidé de poursuivre mes travaux en faisant un doctorat en biologie moléculaire à partir de septembre 2016 au sein du même laboratoire, dans l’équipe du chercheur Brian Wilhelm, à l’institut de recherche en immunologie et cancérologie (IRIC) sur le campus de l’université de Montréal.

Je travaille actuellement sur une forme particulière de cancer du sang (ou leucémie) retrouvé chez les enfants. Je tente de décrypter les mécanismes génétiques qui interviennent dans la maladie. J’ai la particularité d’avoir un projet qui lie le travail au laboratoire (culture cellulaire, biologie moléculaire, microbiologie…) et la bioinformatique, domaine que je connaissais très peu lorsque j’ai commencé mon doctorat. J’ai appris au fur et à mesure mais c’était tout un défi de commencer avec si peu de connaissance en programmation !

Poursuivre un doctorat m’a fait réaliser à quel point il était essentiel de créer une passerelle entre le monde de la recherche et la population. Nous sommes financés par des fonds publics ; il est donc de notre devoir de vulgariser et de communiquer notre quotidien pour que la société comprenne les enjeux que rencontrent les chercheurs et pourquoi la recherche prend du temps.

Quels événements t’ont particulièrement marqué?

Depuis le début de mon doctorat, je me suis impliqué dans de nombreuses activités de communication scientifique auprès du grand public. La première a été d’organiser l’événement 2017 et 2018 du « 24 heures de science » avec le professeur Alexis Vallée-Bélisle. L’objectif de cette journée était de proposer 10 ateliers de vulgarisation scientifique gérés par des étudiant.e.s des cycles supérieurs, à environ 350 élèves du primaire et secondaire de l’île de Montréal. J’étais en charge de la communication, l’accueil, la programmation et la logistique. J’ai énormément appris de cette première expérience événementielle, notamment grâce à Alexis qui m’a laissé beaucoup de liberté pour créer l’événement tel que je l’imaginais.

Ayant particulièrement à cœur de rendre la science intéressante et dynamique, réussir à capter l’attention d’un public jeune a toujours été un défi que j’ai aimé relever. Participer au festival Eurêka! en 2018 en tant que démonstrateur a été une expérience marquante de mon doctorat, tout comme les ateliers de découverte des laboratoires à l’IRIC dans le cadre du projet SEUR. Voir les yeux écarquillés d’adolescents qui extraient l’ADN contenu dans des fraises est quelque chose dont je ne lasserai jamais !

Finalement, mon goût pour la vulgarisation m’a permis de faire germer une idée d’un nouveau concept de communication scientifique grand public. C’est un soir d’avril, en 2017, alors que nous étions en train de lancer des expériences en salle de culture cellulaire, qu’avec ma collègue doctorante Myreille Larouche, nous avons discuté de l’importance de vulgariser nos travaux et de l’idée de créer un tout nouveau projet à l’institut. Quelques mois plus tard, en janvier 2018, avait lieu l’événement grand public « Dans Les Coulisses de la recherche contre le cancer ». Son but ? Faire tomber les murs des laboratoires en permettant à 16 étudiant.e.s au doctorat de vulgariser leurs travaux de recherche. Le format de cette soirée est, à ma connaissance, unique au Canada : autour d’une table ronde composée de 6 à 8 personnes du grand public, l’étudiant.e dispose de 5 minutes pour expliquer son projet suivies de 10 minutes de discussion. Après ce quart d’heure, le chercheur de la relève change de table ce qui permet au grand public de découvrir plusieurs projets de recherche et de repartir avec un bagage scientifique. Cette soirée est orchestrée depuis ses débuts par le journaliste scientifique Yanick Villedieu et a connu sa troisième édition en février 2020. Cet événement annuel rencontre un vif succès chez les étudiant.e.s qui se frottent au redoutable exercice de résumer leurs travaux en quelques minutes, avec des mots simples auprès du grand public curieux de comprendre où en est la recherche contre le cancer. Le projet a même été finaliste dans la catégorie « Science et Applications Technologiques » du concours Forces Avenir et devrait connaître une nouvelle édition très bientôt.

Comment t’est venue l’idée de Sciences à la carte ? En quoi cela consiste?

J’avais toujours gardé dans un coin de ma tête l’idée de donner la parole à des étudiant.e.s des cycles supérieurs. Chacun vit ce parcours de façon différente avec des découvertes, des rencontres, un cheminement scientifique qui prend du temps et parfois des frustrations. Leur quotidien est souvent abstrait et assez flou. Il m’est donc venu l’idée de leur donner la parole pour connaître leur histoire et leurs motivations.

C’est comme ça que la chaîne Sciences À La Carte est née sur la plateforme de streaming Twitch. « Sciences » est au pluriel puisque la chaîne traite de toutes les sciences, des sociales à la physique, à l’histoire en passant par les mathématiques, la biologie ou encore la sociologie. Cela me tient à cœur de mettre en lumière des domaines de recherche qui sont parfois trop dans l’ombre. « À La Carte » donne cette notion de laisser le choix au spectateur de choisir le contenu que je propose : selon le sujet, les invités, le menu que je propose, il aura le choix de consommer un peu de science… comme au restaurant !

À la base, lorsque le confinement en mars dernier est arrivé, j’ai eu envie de démarrer une chaîne YouTube pour proposer des vidéos scientifiques vulgarisées. Je préférais cependant  l’idée de faire du « direct » pour laisser place à l’improvisation et la spontanéité que ce format peut permettre. Je voulais surtout que les spectateurs puissent facilement interagir avec le conférencier et lui poser toutes leurs questions. Je dis souvent qu’il n’y a pas de mauvaises questions mais que de mauvaises réponses !

Pourquoi Twitch ?

C’est une plateforme encore peu connue du grand public mais tellement riche en contenu 100% live qu’il est difficile de ne pas trouver quelque chose à son goût. À la base, cette plateforme est particulièrement centrée sur le monde du jeu vidéo mais propose de plus en plus de contenus variés (cuisine, tutoriel de programmation, robotique, débat, discussion, actualité…) et la science commence progressivement à faire sa place. La particularité de cette plateforme est son interaction avec les spectateurs. C’est très simple d’interpeller la personne qui gère le direct (aussi appelé « streamer »). Il suffit de se connecter sur la chaîne Twitch de Sciences À La Carte pour regarder les vidéos en direct ou en rediffusion ; il est possible de se créer gratuitement un compte sur Twitch pour interagir avec le streamer et les autres spectateurs du direct.

La première émission que j’ai conçue s’appelle le « souper du week-end » et a lieu toutes les deux semaines. Un doctorant passe sur le grill de mon entrevue à travers un repas 4 services. D’abord, l’entrée permet de briser la glace avec l’invité : il nous raconte alors son parcours, ses intérêts et ses motivations après nous avoir présenté la boisson qui l’accompagne pendant le direct. Vient ensuite le plat principal : c’est le vif du sujet et l’invité nous détaille les grandes lignes de son projet de recherche, toujours avec des mots simples et accessibles au plus grand nombre. Le fromage impose à l’invité de résumer en trois minutes le message qu’il souhaite que les spectateurs retiennent. Enfin, le dessert est une façon de terminer la discussion en se tournant vers les questions des spectateurs. Cette conférence d’environ 1h30-2h se déroule autour d’une bière et est entrecoupée par mes questions et celles des spectateurs. Ambiance détendue garantie !

En chiffres ça donne quoi pour l’instant Sciences À La Carte?

La chaîne a été créée en septembre 2020 et j’en suis déjà au sixième « souper du week-end ». Je suis agréablement surpris des premiers retours. Non seulement les conférenciers apprécient cette ambiance décontractée pour parler de recherche et de science, mais les spectateurs aiment aussi la proximité qu’ils peuvent avoir avec un jeune chercheur venu présenter ses récents travaux. C’est avant tout un échange et tout le monde gagne à participer activement à la discussion. Les premiers chiffres démontrent un intérêt du public : en moyenne, il y a une quinzaine de spectateurs qui restent du début jusqu’à la fin du live et jusqu’à 300 visionnages des rediffusions des différents lives. D’ailleurs, tous les replays sont disponibles sur la chaîne.

J’ai eu la chance de recevoir une panoplie de jeunes chercheurs ayant chacun des parcours inspirants et provenant de domaines de recherche très différents : études cinématographiques, santé et société, bioinformatique, biologie moléculaire… C’est exactement cette diversité des recherches faites au Québec que je souhaite faire refléter sur Sciences À La Carte. La programmation de l’hiver devrait être tout aussi riche que l’automne ! La muséologie, l’orthophonie et la biochimie seront notamment à la Une de Sciences À La Carte en 2021 !

Je prépare actuellement d’autres émissions, toujours en lien avec la science, comme une revue de presse scientifique que j’ai appelée le “Buffet de l’Actu”. L’idée est de faire un tour d’horizon des dernières trouvailles, de répondre aux questions des spectateurs et d’échanger avec eux. La chaîne me permet d’avoir une certaine liberté dans le contenu que je propose et donc d’essayer de nouveaux formats ; j’ose penser que quelques émissions de cuisine ou de jeux vidéo pourraient aussi faire leur apparition sur la chaîne !

Ce que j’adore le plus de Sciences À La Carte, c’est le côté animation, création et divertissement. À chaque stream, j’essaie de comprendre quels éléments pourraient être améliorés ce qui rend l’expérience particulièrement stimulante. J’apprends de nouvelles choses, qu’elles soient scientifiques grâce aux conférenciers… ou purement techniques ! J’ai par exemple appris à me servir de logiciels comme After Effects, Photoshop ou simplement le logiciel de streaming. Tout un nouveau monde dans la réalisation et la préparation d’émissions !

Comment fais-tu la promotion de tes émissions?

Pour le moment, je diffuse les informations de mes prochains live sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter). Facebook a été un premier point de départ pour diffuser l’information auprès de mon entourage. Instagram est pratique pour montrer le “backstage” de la préparation des émissions. Twitter me sert surtout à diffuser l’information et à interpeller les universités ou les instituts au sein desquels mes invités réalisent leur recherche.

Twitch est aussi très pratique pour faire la promotion de mes prochaines émissions. C’est une plateforme très facile à utiliser. Il est possible de voir les lives simplement en se connectant sur la chaîne. Pour interagir sur le chat, il suffit de se créer gratuitement un compte. Ensuite, libre à vous de “suivre” les chaînes qui vous intéressent pour rester à l’affût des prochains lives.

Ta job de rêve?

Ah, difficile à dire ! Si je devais me projeter dans cinq ans, j’aimerais pouvoir travailler dans le domaine des communications et des médias. Peut-être en travaillant dans la préparation d’émissions scientifiques à la télévision ou pour la radio. Ce sont des médias qui m’ont toujours fasciné notamment via leur impact sur le monde. J’aime à penser que la science peut être accessible à tous mais surtout divertissante et drôle. La recherche scientifique est une cause qui me tient à cœur et qui a besoin, plus que jamais aujourd’hui, d’être communiquée au plus grand nombre. 

Donc tu ne souhaites pas poursuivre en tant que chercheur? Trop loin de la communication scientifique?

Effectivement. Malgré tout, je souhaite garder un oeil sur l’actualité scientifique et la recherche de manière générale. L’idée de créer une “passerelle” dont je parlais précédemment nourrit mon désir de faire rayonner la recherche faite au Québec, en étant au contact avec le grand public. Mon bagage universitaire me permet d’en comprendre les enjeux et donc de mieux les transmettre.

Cherches-tu des invités pour tes prochains numéros? Quels profils?

Oui, absolument ! Je prépare la programmation de l’hiver prochain avec toute une série de jeunes chercheur.e.s de la relève. La force de Sciences À La Carte est de traiter de toutes les recherches et de tous les domaines scientifiques. Si vous souhaitez venir parler de vos travaux sur la chaîne, n’hésitez surtout pas à me contacter ! Que vous soyez étudiant.e.s aux cycles supérieurs, stagiaires post-doctoraux ou bien chercheurs et que vos recherches sont menées au Québec ou même au Canada, n’hésitez pas à manifester votre intérêt en me contactant !

Comment peut-on s’informer de ton actualité et te contacter?

Voici les différents liens pour me rejoindre. N’hésitez surtout pas à me suivre et à venir discuter. Cela me fera plaisir d’avoir vos retours et suggestions.

Vous avez un emploi ou un passe-temps en lien avec la communication scientifique? Vous souhaitez le faire découvrir? Contactez-nous pour une entrevue!